mardi 24 septembre 2013

Le corps nu masculin au Musée d'Orsay







Alors que le nu féminin s'expose aussi régulièrement que naturellement, le corps masculin n'a pas la même faveur. 

Qu'aucune exposition ne se soit donné pour objet de remettre en perspective la représentation de l'homme nu sur une longue période de l'histoire avant le Leopold Museum de Vienne à l'automne 2012 est plus que significatif. Pourtant, la nudité masculine était pendant longtemps au fondement de la formation académique du XVIIe au XIXe siècles et constitue une ligne de force de la création picturale et sculpturale en Occident. 

S'appuyant sur la richesse de son propre fond et des collections publiques françaises, le musée d'Orsay se donne donc comme ambition avec l'exposition « Masculin/Masculin » d'approfondir, dans une logique à la fois interprétative, ludique, sociologique et philosophique toutes les dimensions et significations de la nudité masculine en art. 

 

Parce que le XIXe siècle puise au classicisme du XVIIIe siècle et que son écho résonne jusqu'à nos jours, cette exposition élargit l'horizon traditionnel du musée d'Orsay pour embrasser plus deux siècles de création, dans toutes les techniques, peinture, sculpture, art graphique et bien sûr photographie, qui auront une place égale dans le parcours.  

Il faut distinguer la nudité et le nu

 

Un simple corps dépouillé de ses vêtements, qui suscite la gêne par absence de pudeur, diffère de la vision épanouie d'un corps remodelé et idéalisé par l'artiste. Si cette distinction peut être nuancée, elle met en exergue la valeur positive et décomplexée du nu dans l'art occidental depuis la période classique. 

 

Pour notre époque, le nu évoque essentiellement un corps féminin, héritage d'un XIXe siècle l'érigeant en absolu et en objet d'un désir viril assumé. Auparavant pourtant, le corps féminin était moins valorisé que son homologue masculin, plus structuré et musculeux (donc plus facile à dessiner). Au moins depuis la Renaissance, le nu masculin avait bénéficié de la primauté : l'homme en tant qu'être universel se confondait dans l'Homme et son corps était érigé en norme du genre humain, comme c'était déjà le cas dans l'art gréco-romain. 

 

Dans leur grande majorité des hommes, les artistes trouvent dans le nu masculin un "moi idéal", miroir magnifié et narcissique d'eux-mêmes.  Et en France, les élèves qui se forment à l'Académie Royale puis à l'Académie des Beaux-arts d'après des dessins et des gravures, d'après "la bosse" et d'après le modèle vivant, et jusqu'à une date avancée du XXe siècle, n’ont pour modèles que des hommes. Pour des raisons de moeurs, mais aussi parce que l'homme est considéré comme l'archétype du canon humain…  

 

Une exposition à voir jusqu'au 2 Janvier 2012, au Musée d'Orsay, Paris 

Pour approfondir, lire un excellent article autour de ce thème, sur le site du Musée d'Orsay