mardi 8 mai 2012

Satprem : le vrai cri de la vie

Nous ne connaissons pas les ressorts secrets de la vie, ce qui pourrait changer un destin, ou un monde. Les grands secrets sont si simples qu'on ne les voit pas du tout comme l'oiseau mêlé à son feuillage
et qui jette son cri soudain,
et tout s'émeut,
et vit autrement.

Je vois si clair maintenant dans le destin des hommes et leur pouvoir caché - transparent. J'entends au loin la voix poignante d'Euripide : « Un chemin est là et nul ne le voyait », j'entends la voix tendre d'Antigone : « Privée des pleurs, des miens, selon quelle justice je dois descendre dans ce cachot creusé, dans ce tombeau inouï, Io ! rejetée infortunée, par les vivants et par les morts, ni vivante ni cadavre »... Io ! Son cri se répète et se répète, j'entends du fond des âges ce cri sur nos lèvres, maintenant, porté jusqu'à nous par tant de millions de peines, et je sais le secret... si simple que nul ne l'entend.

À quoi songes-tu, frère humain ? Là, dans ta rue de n'importe quand. Car c'est ce songe que tu deviens. Quel est ton cri, là, dans le remue-ménage de tous les jours ? Car c'est ce cri qui fait être - être quoi ? Un homme, un singe, une bête par millions ? ou un autre être inouï, Io ! Qui va sortir de son cachot ?

C'est si simple qu'on y pense pas.

Alors, à toi frère qui cherches, frère qui n'y penses pas, j'aimerais te dire ce battement de coeur de ton coeur, si futile et si puissant - si seulement tu y songes un instant au lieu de battre pour rien. Alors, sans rime ni raison, autre que mon amour pour rien, je te dis :

Ta peine dans la rue
et la cohue
n'est pas en vain.
Ne sais-tu pas
que nous venons
d'ailleurs.
Rappelle-toi, rappelle-toi.
Là, sur le boulevard des malheurs
appelle-le, appelle-le
ce grand Jour oublié
ce grand Vaste perdu.
Décrasse ta vieille nuit
mensongère.
Décrasse tes savoirs, tes peines,
tes futilités ressassées,
tes rien-du-tout de nulle part.
Crie, crie-le ce cœur
de ton cœur
et il viendra t'embrasser
combler ta peine, ta nuit, ton rien
et te saisir d'une douceur
inattendue
comme au début des Temps
comme si rien n'avait été
jamais,
ni su ni compris
sauf cet émoi
d'aucune langue, aucun âge
ce ressort tout-puissant
d'une seconde qui bat vraiment.
Car c'est le temps du tout-possible.
Car c'est le Temps d'un autre Âge
si tu veux, si tu y songes
vraiment.
Attrape, attrape le fil doré,
là, maintenant,
sur ton boulevard des Malheurs
et crie ton cri
VRAI,
et ta tombe s'ouvrira,
et le Destin sera changé.

Extrait de EVOLUTION II, Après l’Homme, qui ? Mais surtout, comment ? de Satprem, aux Editions Robert Laffont.