samedi 19 mars 2011

La fin


Ainsi nous arrivons à la fin.

La fin est en réalité le commencement.

C’est cela. Nous avons enfin trouvé le Paradis. Le Paradis était toujours là, vraiment ici devant nous, il ne nous a jamais quitté. Nous ne l’avons donc pas vraiment trouvé, puisque vous ne pouvez pas trouver quelque chose que vous n’avez jamais perdu, non ?

Le Paradis c’est :
Tenir un livre dans les mains.
Respirer.
Inspirer, expirer, inspirer, expirer…
Le coeur qui bat dans la poitrine.
La sensation de vos cuisses sur la chaise.
Les pensées qui tournent dans la conscience.
Les bruits dans la pièce.
Toutes les formes apparentes qui vous entourent.
Leur apparente solidité.
Leur forme, leur couleur, leur texture.
Le dur et le mou, le lumineux et le sombre, le chaud et le froid, et toutes les gradations et variations entre ces extrêmes.

Voyez – le miracle est là partout, mais pour une raison quelconque, nous avons passé nos vies à rechercher plus, beaucoup plus.

Lorsque cette recherche futile est « vue » par personne, cela devient véritablement intéressant. Lorsque la recherche pour un sens se dissout, cela devient immensément signifiant. Lorsque la recherche pour le sacré et le divin s’effondre, le Divin est révélé dans toutes les choses de ce monde.

Prenez un moment maintenant. Posez ce livre. Regardez autour de vous.

Cela est le seul mystère : le fait que vous soyez ici, que c’est maintenant, qu’il y a des choses, apparentes ou autre, qu’il puisse exister un mouvement, le temps, l’espace, les autres, que tout cela soit possible…

Cela est l’unique miracle, et c’est toujours là devant nous.

Et le miracle inclut tout, la souffrance autant que le plaisir, la haine autant que l’amour. Le terrorisme, les personnes qui gagnent à la loterie, les maladies cardiaques, les guerres, les génocides, la télévision dans la journée, tout cet incroyable et magnifique bazar. Des coeurs se brisent, des larmes coulent, des cancers ravagent des corps partout dans le monde – le miracle inclut tout cela également. La vie est, quoi que nous croyons ou ne croyons pas. Ce moment est, quand bien même nous y résistons de toutes nos forces ou essayons de le fuir. Mais, aucune fuite n’est vraiment nécessaire.

Ce monde n’est un problème que du point de vue de l’individu séparé, qui s’efforce de faire quelque chose de sa vie avant de mourir, qui essaye de rester en sécurité, de réussir, de trouver un sens dans un monde qui n’en a pas en apparence, d’être populaire, de trouver l’amour, d’éviter la peine et la souffrance…

Cependant, comme l’existence de l’individu séparé et isolé commence à être démasquée, cette histoire de vie apparente commence à être vue pour ce qu’elle a toujours été : un rêve, ni plus ni moins ; une narration qui se déploie dans la conscience, une histoire, un film, une pièce, un grand jeu cosmique.

Un jeu n’est sérieux que lorsque l’on oublie qu’il s’agit d’un jeu.En apparence, rien n’est changé : Il y a toujours le vide et la forme, la douleur et le plaisir, des corps en mouvement et d’autres au repos, « moi » et « vous », nos relations apparentes, nos histoires de vie compliquées, et les nuages, les arbres, les rivières, les fleurs, les oiseaux, et les bébés qui naissent, et des proches qui meurent, et le soleil qui se lève et se couche chaque jour…

Cependant, en dessous de tout cela, il y a un amour et une sérénité que je ne pourrai jamais mettre en mots.

Un texte de Jeff Foster, extrait de LA VIE SANS CENTRE, aux Editions l’Originel

Visiter son site (une petite partie en français, une grande en anglais) :
http://www.lifewithoutacentre.com

En illustration : une photographie de Mudita, Le Clos Lucé, 2006