dimanche 30 janvier 2011

La mode des femmes d'Orient vue par Christian Lacroix


















Bientôt, une exposition attendue au Musée du Quai Branly, du 8 février au 15 mai 2011…

Hommage à l’art millénaire de la broderie
, l’exposition dévoile le travail de ces femmes qui, pendant des siècles, ont cherché à créer des modes pour s’embellir et exister au sein de sociétés qui les ont longtemps marginalisées, livrant ainsi leur personnalité, leur sens esthétique et leurs émotions.

Guidé par la couleur des fils sur le coton noir, l’argent lamé ou la soie rayée des doublures, la coupe des robes ailées et la teinture des étoffes nouées, Christian Lacroix en maître scénographe a su déceler les pièces les plus remarquables.

Ainsi chacune des créations présentées dévoile aux yeux des visiteurs un pan de l’histoire de ces femmes dont les mains, les gestes, les goûts et le talent, ont donné aux étoffes, aux fils de soie ou de coton, une part d’elles mêmes, composant chaque pièce comme une oeuvre d’art.

Cela donne un parcours poétique ponctué de pièces somptueuses qui, pour la plupart, sont exposées pour la première fois en France : des robes de fête, des manteaux, des voiles et des coiffes qui composaient le trousseau des mariée témoignant à leur manière de la continuité des traditions et des savoir-faire développés et transmis de mères en filles.

Mais au-delà de sa portée historique et ethnologique, L’ORIENT DES FEMMES se veut une invitation à la découverte esthétique de l’art vestimentaire féminin.

Carrefour politique, économique et culturel entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique, le Proche-Orient a été le berceau de riches civilisations qui ont laissé leurs empreintes dans différents domaines artistiques dont l’art vestimentaire, encore méconnu du public.

Depuis les années 1970, l’image et la physionomie de la femme du Proche-Orient ont changé. De nos jours, ce que l’on nomme « la tenue islamique » s’impose partout. De couleur sombre, elle recouvre le corps des femmes sans en rien laisser paraître et conduit, de fait, à l’abandon progressif des costumes traditionnels orientaux entraînant la disparition des derniers témoins d’un art vestimentaire séculaire. Or, l’art des textiles et de la broderie est millénaire, se voulant tout autant manière de se vêtir que langage, marqueur social, géographique ou religieux. Outre une mode désormais triste et standardisée, on ôte ainsi aux femmes l'agilité de leurs doigts et leur créativité dans les couleurs assemblées.

En exposant pour la première fois une sélection de robes traditionnelles venues d’une vaste zone située en plein coeur du « Croissant fertile », du nord de la Syrie à la péninsule du Sinaï, le musée du quai Branly donne aux visiteurs la possibilité de découvrir la diversité des modes de vie et des coutumes des populations proche-orientales, loin de la tristesse du carcan imposé aujourd’hui.

Un autre visage de la femme orientale est ainsi dé-voilé en portant un regard neuf, vif et esthétique sur leurs créations traditionnelles.

A l’exception d’une émouvante robe d’enfant du 13e siècle, retrouvée dans une grotte au Liban et prêtée par le Musée national de Beyrouth, les pièces exposées datent pour la plupart de la fin du 19e siècle à nos jours. Christian Lacroix a imaginé le parcours de l’exposition comme une déambulation poétique. Les pièces forment un cortège immobile et planant. Elles habitent un espace coloré où se projette, dans une lumière feutrée et chaleureuse, l’imaginaire du couturier vers un Orient rêvé.

Du noir à la couleur, de la nuit au jour, les robes semblent suspendues dans un temps figé dont le visiteur serait le spectateur clandestin.

L’exposition débute par la présentation de cette robe de fillette du 13e siècle retrouvée lors de fouilles archéologiques au Liban et s’achève par 5 robes blanches brodées de couleurs, formant un bouquet original, clin d’oeil à la tradition du défilé de mode qui s’achève par la présentation d’une robe de mariée.

Entre ces deux pôles temporels, le parcours se déroule selon un itinéraire géographique qui part du Nord de la Syrie pour atteindre le désert du Sinaï dévoilant ainsi, tour à tour, les costumes des femmes syriennes, jordaniennes, palestiniennes et bédouines. Il est ponctué par des mannequins stylisés en costumes traditionnels et par des coffres de mariage contenant les accessoires du traditionnel trousseau de la mariée. Ces coffres, que le visiteur découvre comme un trésor précieux, sont dessinés par Christian Lacroix pour l’occasion.

Un espace agrémenté de « miniatures à la gouache » dans le style persan et de poupées vêtues de tenues traditionnelles accorde au visiteur un moment de détente sur des banquettes également conçues par Christian Lacroix. Il peut y consulter des fiches relatant l’histoire de la soie au Proche- Orient ou encore la saga de l’indigo.

Enfin, effort louable : une série de petites robes brodées, réalisées spécialement pour l’exposition, offre aux visiteurs en situation de handicap visuel la possibilité de « lire avec les doigts » les tissus, à la découverte des coupes et des broderies des pièces exposées.

Le site du Musée : http://www.quaibranly.fr/

Le site du grand couturier : http://www.christian-lacroix.fr/