dimanche 16 janvier 2011

Expo Gottlieb à Venise : trop tard, c'est fini !





L'expressionnisme abstrait est un mouvement artistique qui s'est développé peu après la seconde guerre mondiale, consistant à retranscrire ses pensées et ses sentiments par des formes abstraites et des couleurs vives et variées.

Le mouvement est né à New York vers 1948 et a perduré principalement aux États-Unis jusqu'en 1970. Il se divise en quatre phases : la première génération, l'abstraction gestuelle ou Action Painting, puis l'abstraction chromatique ou Colorfield Painting, ensuite l'abstraction post-picturale et enfin l'abstraction géométrique.

Dans l'action painting, l'idée est de donner de l'importance à la texture et à la matière ainsi qu'aux gestes de l'artiste. Dans le colorfield Painting, c'est l'unification des couleurs et des formes qui est la plus importante. Gottlieb se situe à mi-chemin des deux courants.

Une exposition à Venise récemment fut la première rétrospective en Italie dédiée à l'artiste américain. Sa popularité provient principalement d'avoir inventé un langage de symboles visuels universels. Les pictogrammes sont caractérisés par leur aspect archaïque et symbolique, placés dans des grilles irrégulières, tandis que ses explosions (Bursts) et ses paysages imaginaires sont caractérisés par des formes évoquant des symboles cosmiques universels.

L'histoire d'Adolph Gottlieb, intellectuel de son temps et artiste charismatique, est parallèle à celle des principaux représentants de l'expressionnisme abstrait : Barnett Newman et de son ami Mark Rothko. Dès les années trente, il partage avec ce dernier la recherche d'un langage pictural innovateur basé sur une expression artistique personnelle. En 1941, ils décident d'explorer ensemble des sujets mythologiques et jungiens, donnant lieu à une nouvelle phase importante de l'école de New York, annonçant l'indépendance des peintres américains vis à vis de l'avant-garde européenne.

Toujours avec Rothko, Gottlieb est l'auteur de la lettre historique, publiée dans le New York Times du 13 Juin 1943, considérée comme la première déclaration formelle de création de l'expressionnisme abstrait. Au printemps 1950, il organise un groupe d'artistes protestant contre la politique du Metropolitan Museum of Art contre les artistes contemporains américains : le groupe, surnommé les « Irascibles » dans un article paru dans le New York Herald Tribune, a été rendu célèbre grâce à une photographie de Nina Leen publiée sur « Life ». Sur cette photo apparaissent Baziotes, Willem de Kooning, Robert Motherwell, Newman, Pollock, Pousette-Dart, Clyfford Still et Gottlieb.

En 1958-59, pour l'exposition organisée par le Museum of Modern Art de New York, qui incluait Gottlieb et la plupart des artistes de la dite photo, a été choisi le titre symbolique de La nouvelle peinture américaine. Toutefois, comme l’affirme Sanford Hirsch, directeur de la Fondation Adolph Gottlieb et Esther : « Gottlieb est étiqueté comme un peintre expressionniste abstrait et il est vrai qu'il a été l'un des fondateurs de l'expressionnisme abstrait et l'un de ses principaux représentants dans les années quarante et cinquante. Cependant, ce terme est trop étroit pour contenir l'ampleur de l'art de Gottlieb et son impact sur ses collègues, le public et les développements artistiques qui en dérivèrent. »

L'exposition à la Fondation Guggenheim de Venise commençait avec des peintures, des dessins et des gravures des années trente, comprenant des portraits de Rothko et de Milton Avery, un autre grand ami de l'artiste, et des œuvres inspirées par un séjour en Arizona en 1937-38. L’exposition se poursuivait avec une sélection d’oeuvres réunies pour la première fois en Italie, la première série complète de tableaux de Gottlieb « Les Pictogrammes », que l'artiste commença à élaborer dès 1941, l'année de l'attaque à Pearl Harbor et l'entrée en guerre des États-Unis. En fait, se sont les pictogrammes qui placèrent Gottlieb avec Rothko et quelques autres artistes comme Arshile Gorky et Pollock, parmi les pionniers de l'avant-garde artistique Américaine. Gottlieb met le spectateur en face de grilles dans lesquelles sont placées des symboles : un œil, une main, des hiéroglyphes, qui ne sont autres que la traduction d'un d'art primitif et mythologique, inspirés par les Indiens d’Amérique et les cultures primitives.

Au début des années cinquante, Gottlieb développe ses compositions les plus connues comme le Labyrinthe et élabore des paysages imaginaires dès 1951, suggérant mer et marées. Dans le premier ouvrage, la grille qui ordonnait les symboles des pictogrammes devient la protagoniste de l'oeuvre, dominant le tableau ou devenant pratiquement transparente afin de révéler les coups de pinceau cachés dans la profondeur de la toile. Dans le second, la composition est divisée en deux zones avec des organismes « célestes » en haut, et en-dessous un paysage imaginaire, peint avec vigueur. Ces tableaux conquirent la critique et le public.

L'artiste atteignit la célébrité dès la moitié des années cinquante. En 1956, la partie inférieure des paysages imaginaires se détache du bord de la peinture pour devenir une forme fluctuante indépendante à l'intérieur de compositions verticales, connues sous le nom de Bursts (explosions), sans doute les œuvres les plus connues de Gottlieb.

En 1963, un jury présidé par Giulio Carlo Argan décerne à Gottlieb le premier prix de la Biennale de Sao Paulo au Brésil. Dans les années soixante où règne le Pop Art, antithèse de l'expressionnisme abstrait, la peinture de Gottlieb est toutefois perçue par la critique comme une source vitale et prophétique de l'Art Minimal.

Visiter la Fondation Peggy Guggenheim à Venise : http://www.guggenheim-venice.it/

Article capté sur : http://www.obiwi.fr/