vendredi 1 octobre 2010

Un ange à ma table












Deux femmes de talent, Jane Campion et Janet Frame, pour un chef d’œuvre de courage et de vie artistique contre vents et marées : « An Angel at my table »…

Jane Campion, réalisatrice de cinéma

Anthropologue de formation, Jane se destine d'abord à la peinture en même temps qu'elle multiplie les expériences théâtrales. Elle se dirige finalement vers le cinéma et la réalisation, suivant des cours à l'Australian Film Television and Radio School de Sydney, en Australie. Dès son premier court métrage « Peel » écrit et réalisé en 1982, elle remporte le Prix de la spécialité au Festival de Cannes. Ses courts métrages suivants seront d'ailleurs tous primés.

C'est en 1989 que Jane Campion écrit et réalise son premier long métrage « Sweetie » présenté en compétition au Festival de Cannes. C'est son second film « An Angel at my table », évocation de la vie tragique de la romancière néo-zélandaise Janet Frame, qui lui apporte une véritable notoriété.

Elle poursuit dès lors la peinture d'une galerie de personnages féminins en marge avec « La Leçon de Piano » en 1992. Avec ce film, elle devient la première réalisatrice à décrocher la Palme d'Or à Cannes. Elle a déjà reçu plus de trente prix internationaux - dont le Prix spécial du jury lors de la Mostra de Venise en 1990 pour « An Angel at my table », le César du Meilleur film étranger en 1994 pour « La Leçon de Piano », avec également trois Oscars pour ce film (Meilleur actrice - Meilleur second rôle Féminin, Meilleur Scénario Original), ainsi que le Golden Globes.

En 1996, Jane Campion adapte Henry James en réalisant le très beau « Portrait de Femme», drame historique sur les conventions victoriennes avec Nicole Kidman et John Malcovitch.

Eloignée des plateaux durant trois ans, la cinéaste revient en 1999 à son thème de prédilection avec un road-movie philosophique, « Holy Smoke » , écrit en compagnie de sa soeur Anna. En 2003, elle signe « In The cut » porté porté par Meg Ryan. Cinéaste rare, elle est de retour en 2009 avec «Bright Star » , long métrage centrée sur le poète britannique du début du 18e siècle John Keats et présenté en compétition à Cannes.

Janet Paterson Frame, poète écrivain borderline

C'est dans une famille ouvrière très modeste, entourée de 4 frères et sœurs tous roux, que Janet «arrive » sur terre en 1924. Elle se passionne très tôt pour la littérature, qu’elle étudie, et veut devenir poète. Mais elle se singularise également par sa sensibilité aiguisée et une timidité exacerbée. Son entourage la pousse à choisir la carrière d’institutrice, métier qu’elle tentera d'exercer contre son gré, mettant sous cloche sa passion de l'écriture. Elle fait tout de même des études en ce sens et commence à donner des cours, mais une dépression et une tentative de suicide la conduisent en hôpital psychiatrique... normal ! On lui diagnostique abusivement une schizophrénie, et Janet est internée, durant huit ans. HUIT ANS !

C'est grâce à un prix littéraire récompensant son premier recueil de nouvelles « Le Lagon et autres histoires» , publié en 1951, qu'elle échappe de justesse à une lobotomie radicale… Mais elle aura subi tout de même quelques deux cents électrochocs. Durant toutes ces années désastreuses d'enfermement, elle continue à écrire, même sur les murs si on ne lui donne pas de papier.

Libérée, soutenue par un grand écrivain néo-zélandais, elle écrit son premier roman «Les Hiboux pleurent vraiment» , qui paraît en 1957 (publié une première fois en France en 1984 chez Alinéa sous le titre «La Chambre close» ) et décide de quitter la Nouvelle-Zélande pour voyager, grâce à une bourse. Elle ira de découverte en découverte, visitant l’Europe durant sept ans. Elle apprendra, en subissant volontairement de nouveaux examens en Angleterre, qu’elle n’a finalement jamais souffert de schizophrénie. Elle est « seulement » une grande artiste ! Le médecin qui l’accompagne dans la découverte de sa vraie nature l’encourage à son tour à écrire : ce sera le très impressionnant Visages noyés, paru en 1961, roman qui précipite le lecteur au cœur de l’univers psychiatrique.

De retour en Nouvelle-Zélande en 1963, et après la rédaction de plusieurs romans dans les années 1960 et 1970, Janet Frame entreprend d'écrire son autobiographie, Un ange à ma table. Celle-ci recouvre trois volets : Ma terre mon île, Un été à Willowglen (paru pour la première fois en France sous le titre Parmi les buissons de Matagouri) et Le Messager.

Et c’est en 1990 que Jane Campion adapte cette œuvre au cinéma « Un Ange à ma table » au cinéma, ce qui contribuera à faire découvrir son œuvre dans le monde entier.

Janet Frame, passa le reste de sa vie en Nouvelle-Zélande, certains disent «en recluse», tant la discrétion de celle qui a été de nombreuses fois honorée dans son pays est grande. En fait, elle a toujours aspiré à une vie calme, parcourue de poèsie. Elle est morte d’une leucémie à Dunedin en 2004, à l’age de 80 ans. Une magnifique vie de courage en face à face avec l’écriture, art qui l’a portée au delà de toutes les difficultés…