dimanche 24 octobre 2010

Peut-on vivre sans son vrai visage ?












Trois films sur l’identité, trois expériences de visages absents, trois transformations nécessaires de la vie intérieure puisque l'ego ne se rattache plus à une image mais à une lueur brouillée, comme si la recherche de ce vrai visage pour chacun, le visage "en soi", donnait l'ordre à - et de l'ordre dans - une vie plus consciente et spirituelle.

La chambre des officiers : être dé-figuré

Août 1914 : sur le front, les Allemands sont encore invisibles. Parti en reconnaissance à cheval, le jeune lieutenant Adrien Fournier croise la trajectoire d'un obus, qui emporte sa mâchoire. Défiguré, incapable de parler, de manger, de boire, il se retrouve dans la chambre des officiers de l'hôpital militaire du Val de Grâce, à Paris. Un antre de la douleur où les mutilés ne se voient que dans le regard de l'autre, car tous les miroirs ont été ôtés. Officier, il a droit à un peu de morphine, il a droit aussi aux efforts du chirurgien, qui tente opération sur opération, 16 en tout.

Ce film de François Dupeyron, est l’adaptation du roman du même titre de Marc Dugain. L’histoire des « gueules cassées », ces nombreux soldats mutilés par les bombes au début du XXème siècle. De la guerre, dans ce film, nous ne voyons rien, à part une scène furtive au début. Le récit s'attarde principalement sur la rééducation de ces jeunes gens blessés. Cinq ans de survie entre parenthèses à nouer des amitiés irréductibles avec ses compagnons d'infortune. Cinq ans de « reconstruction » tant physique et chirurgicale, qu’affective et psychologique, pour se préparer à l'avenir, à retourner vers la vie.
Avec : Eric Caracava, Sabine Azéma, André Dussolier, Denis Podalydes, Gregory Derangère…

Le scaphandre et le papillon : un battement de cil comme seule communication

Un film franco-américain du réalisateur Julian Schnabel, adapté du livre du même nom de Jean-Dominique Bauby. Tourné en 2006 et sorti en salles en Mai 2007, il a été multi-primé à travers le monde, particulièrement pour la mise en scène (Festival de Cannes, Golden Globe Award) et pour l'interprète principal Mathieu Amalric (César du Meilleur Acteur). Le Scaphandre et le Papillon raconte l'histoire vraie de Jean-Dominique Bauby, rédacteur en chef du magazine ELLE, qui tombe dans un coma profond. À son réveil, toutes ses facultés motrices sont réduites à néant, il est atteint du « locked-in syndrome » : il ne peut ni parler, ni respirer, ni se nourrir sans assistance. Grâce à son œil gauche qui bouge encore, il peut dire oui / un battement de paupière, ou non / deux battements de paupière. Il pourra ainsi continuer à communiquer avec sa famille et son entourage, communiquer sur l’essentiel, avec ces facultés de partage si réduites, mais une vie intérieure très intense (ses facultés cognitives et affectives sont intactes). C'est grâce à ce seul lien avec l'extérieur qu'il entreprend la rédaction de son livre, lettre après lettre, avec un courage immense, best-seller depuis sa sortie. Le tournage a eu lieu en partie à l'Hôpital Maritime de Beck sur Mer dans le Pas de Calais, où l’auteur a été soigné. C'était, aux dires du réalisateur, « parce que les paysages, l’ambiance, les infirmiers étaient essentiels à la crédibilité de l’adaptation ».
Avec : Mathieu Amalric, Emmanuelle seigner, Patrick Chesnay, Niels Arestrup, Jean Pierre Cassel, Anne Consigny, Marie-Josée Croze...

Ne te retourne pas : vivre avec le visage d’une autre

Encore de l’écriture avec le démarrage de ce beau film. Jeanne (Sophie marceau) plongée dans la rédaction d'un premier roman, en proie soudain à d'angoissantes hallucinations, constate des changements mystérieux autour d'elle et assiste à la transformation de ses propres traits. Un vrai chambardement duquel émerge peu à peu un autre visage, inconnu (Monica Bellucci). Son entourage ne semble pas s'en apercevoir. Tout se passe dans sa tête, à l’intérieur.Troublée, elle découvre chez sa mère une photographie qui la met sur la trace d'une femme, en Italie. Jeanne, désormais transformée, y trouvera la clef d'un étrange passé...

Pour le film, à l’origine du projet, Emmanuelle Devos devait se transformer en Béatrice Dalle. Suite à une invraisemblance scénaristique, De Van a été contrainte de choisir Sophie Marceau et Monica Bellucci, dont les visages vont se confondre magnifiquement tout au long du récit. Reposant sur des bases réalistes, le récit frôle le fantastique, quitte à dérouter les spectateurs les plus cartésiens. Mais, avant d’appartenir à un genre, il s’agit avant tout d’un travail d’exorcisme pour la réalisatrice Marina De Van, qui, à l’âge de huit ans, a eu la jambe écrasée par une voiture. Cet incident l’a tellement perturbé qu’elle avait l’impression d’habiter un corps différent avant et après. Connaître cet incident personnel permet de mieux comprendre ce film étrange autour du narcissisme et de la fascination pour un corps devenu étranger, où comme dans le cubisme de Picasso ou les toiles de Bacon, les visages là se confondent, s'enchevêtrent.
Avec : Sophie Marceau, Monica Bellucci, Brigitte Catillon...

Tous ces films sont disponibles en Dvd, à très bas prix, d’occasion sur Internet.

A noter : L'ATELIER DU LAURIER ROUGE propose un stage sur le PORTRAIT et l’AUTOPORTRAIT du 10 au 14 Novembre 2010 (5 jours, inclus un week-end + le 11 Novembre, jour férié). Le programme : des bases de dessin, les « canons » du visage, afin d’être à l’aise avec les proportions et les volumes, pour faciliter l’expression. Travail à partir de bustes en plâtres (moulages classiques du Louvre), dessin d’après photo, copie d’une œuvre de maître au pastel sec, croquis de modèle vivant. Puis création libre d’un autoportrait, approche du visage intérieur ou « visage en soi ». Pour voir le descriptif du stage : www.laurier-rouge.com rubrique "DESSIN - stages". Ou renseignements par Tel au : 03 25 70 69 35.
La première illustration est une photo de Mudita.