mardi 11 mai 2010

La Miniature Indienne : un art de voir, un art de vivre, un yoga de l'art...















SADANGA, ou les huit canons de la peinture Indienne

Les lois de la peinture hindoue sont au nombre de huit, on y retrouve des concepts ignorés par l'esprit occidental et l’art qui en découle, ce qui en fait toute sa saveur :

1. Rupabheda ou la science des Formes
2. Pramani ou le sens des Rapports
3. Bhava ou l’influence du Sentiment sur la Forme
4. Lavaya-Yojanam ou le Sens de la Grâce
5. Sadrisyam ou les Comparaisons
6. Varnika-Bhango ou la Science des Couleurs
7. Rasa ou la Quintessence du Goût
8. Chandra ou le Rythme.

RASA ou la Quintessence du Goût

On peut définir ainsi rasa par « la grande saveur, qui élève notre esprit en lui inculpant le goût de la véritable grandeur. Cela ne peut ni s’expliquer, ni se démontrer, ni s’exprimer, c’est quelque chose qu’il faut ressentir, cela palpite autour de nous, entre en notre cœur et le remplit tout entier, cela envahit enfin tout notre être, faisant disparaître complètement tout autre sensation ». Un quelque chose d’impalpable et d’indéfinissable, qui, dans toute vraie œuvre d’art, suggère l’élévation du sentiment et la noblesse d’âme. Dans les temps les plus reculés, les grands écrivains d’art de la Chine et du Japon ont déclaré que cette qualité ne peut s’acquérir ; c’est de la même nature que ce que les Romains appelaient : Divinus Afflatus, le souffle divin qui vivifie l’œuvre et la rend immortelle.


CHANDRA ou le Rythme

Chandra signifie : ce qui donne l’élévation, ce qui oblige toute chose à se mouvoir harmonieusement dans une joyeuse exaltation. Le rythme est dans un sens, ce que nous pourrions appeler Hladini Shakti, c'est-à-dire : la Force Joyeuse. L’esprit demeure inactif jusqu’à ce que la Force Joyeuse, venant se poser sur lui, arrive à le transformer et à lui donner le mouvement. Car l’esprit, tel un mur blanc, est sans couleur et sans vie, la Force Joyeuse est la fresque aux couleurs variées qui, venant se poser sur ce mur incolore, lui insuffle la vie, lui apporte le mouvement, l’orne de formes et de couleurs.


RUPABHEDA ou la Science des Formes

Rupa signifie la forme sensible et la forme mentale ; Beda signifie la différence entre les formes empreintes de vie et de beauté et les formes qui en sont dépourvues. Quand nous ne nous approchons de la forme qu’avec nos sens, nous ne percevons que les différences sensibles des choses, ou leur apparence extérieure ; nous voyons des choses courtes ou longues, rondes ou angulaires, claires ou sombres, mais il ne peut jamais y avoir de grandes différences entre ma vision, la vôtre ou celle d’une troisième personne. D’autre part, les formes elles-mêmes sont sans laideur et sans beauté ; ce n’est que lorsque notre esprit est entré en contact avec les formes que celles-ci nous apparaissent empreintes de beauté ou de laideur. Toute forme possède une qualité essentielle que nous appelons Rouchi, le Rayon de Lumière, ou le Rayonnement de la Beauté. Cette qualité illumine l’esprit et tout ce qui se présente à lui. Quand ce Rayon de Lumière qui émane de nous, de notre esprit, et ce Rayonnement de Beauté qui réside en toute chose se rencontrent et sont en parfaite harmonie, alors - et alors seulement- les choses nous apparaissent dans toute leur beauté délectable. Et lorsque le contraire se produit, il en résulte aussitôt une sensation pénible et une impression de laideur. Car la beauté ou la laideur n’existent que dans notre esprit ; la nature ne nous offre que des formes : celle du paon, comme celle du corbeau par exemple. Ce sont les Rayons de Lumière et leur accord ou leur désaccord qui feront dire, voilà la beauté, voilà la bête.


PRAMANI ou le Sens des Rapports

Pramani, ce sont les règles qui nous permettent de vérifier, si ce que nous avons dessiné est correct ; elles nous indiquent aussi les mesures et les proportions exactes, la distance ou la proximité des objets, ainsi que la construction anatomique et la perspective. L’action de cette faculté peut être décrite ainsi : dès que nous sommes en face d’un objet ou dès qu’un objet se place devant nous, notre esprit se précipite au-devant de lui, et cet objet vu par nos yeux est alors senti par notre esprit. En s’exerçant constamment sur des objets vus ou sentis, ce Sens des Rapports reste vif, aigu et clair. Nous nous entourons ainsi des fils invisibles de ce Sens des Rapports, et ces fils télégraphient sans cesse à nos sens et à notre esprit des informations exactes et détaillées concernant les différents objets emprisonnés dans leur réseau.


BHAVA ou l’influence du Sentiment sur la Forme

Bhava, c’est le Sentiment, l’émotion, l’invention, la nature d’une chose. Byangya, c’est la puissance de suggestion. L’esprit en lui-même est sans couleur, sans mouvement, mais que le printemps vienne caresser le sommet des forêts lointaines, que les gouttes de pluie, légères et chantantes, se mettent à tomber, que les nuages blancs, tels des voiles se mettent à voguer dans le ciel pur d’un jour d’automne ou qu’un souffle glacial de l’haleine hivernale vienne effleurer la terre… alors l’esprit envahi d’émotions infinies se teintera de joie ou de mélancolie. Le Sentiment devenu visible, pour ainsi dire, apparaît sous des formes variées. Nos yeux découvrent ainsi les différentes attitudes et modifications de la Forme agitée par le Sentiment.


LAVANYA-YOJANAM ou le sens de la Grâce

Tandis que le sens des Valeurs apporte aux formes les restrictions imposées par les proportions, celui de la Grâce réfrène les mouvements excessifs des formes, affectées par les émotions et le sentiment. Il règle ainsi, dans un but esthétique l’action des expressions. Si le sens de la Grâce n’intervenait pas, les formes entraînées par les sensations et les passions, perdraient toute retenue et prendraient des attitudes dénuées de beauté et de mesure. Le sens de la Grâce écarte tout mouvement excessif qui ferait du tord à la dignité des sentiments et à la beauté des formes. Tel le sel judicieusement utilisé en cuisine, la ligne d’or déposée sur le bord d’un voile, la grâce imprime son sceau sur tout ce qu’elle touche ou sertit, pour révéler et non pas accentuer. La Grâce n’est jamais importune ni bruyante ; elle est le symbole même de la dignité ; c’est en art la qualité la plus discrète.


SADRISYAM ou les Comparaisons

Sadrisyam signifie : comparaison, ressemblance, analogie de formes et d’idées. Cette qualité est exercée afin de créer une similitude de pensée et d’impressions. L’esprit qui se répand dans la forme des choses devient la chose elle-même, tel le bronze fondu qui se répand dans le moule, assumant la forme du sceau gravé. Inversez l’ordre de cette comparaison et vous aurez la pleine signification des analogies : c’est l’esprit qui reçoit le sceau de la forme ; celle-ci, dans ses aspects différents, entre en contact avec l’esprit et fait Un avec nos idées et nos impressions.


VARNIKA-BHANGA ou la Science des Couleurs

Varnika-bhanga signifie : l’art de dessiner et de colorier avec des pinceaux et des couleurs. La Science des Couleurs, des mélanges, du maniement des pinceaux est la dernière et la plus difficile des règles de l’art. Pourquoi votre main tremble-t-elle en s’approchant du papier avec une plume chargée d’encre ou un pinceau chargé de couleurs ? Parce que, dès que nous avons étalé notre papier devant nous avec l’intention de peindre dessus, il devient précieux comme le miroir de notre âme. Il est donc naturel de vénérer cette feuille blanche, et ses instruments de peinture ; mais en même temps, il faut dompter cette peur qui fait trembler nos doigts. La main qui tient le pinceau doit si bien le maîtriser qu’il ne pourra, ni avancer, ni reculer sans notre volonté. De la même façon, l’esprit nous indique ce qu’il faut de bleu et de noir pour peindre un ciel nocturne ; il mesure la quantité exacte et la qualité des couleurs mentales qu’il faudra ajouter aux couleurs de notre palette.


Extraits d'un texte d'Abanindranath Tagore, remanié par Catherine MAZARGUIL pour plus de compréhension.

En Illustration : copie de plusieurs miniatures Indiennes, aquarelle, gouache fine et or sur papier, réalisées par Catherine Mazarguil

Un Stage d'initiation à la copie des miniatures Indiennes aura lieu du 23 au 27 Août 2010 à l' ATELIER DU LAURIER ROUGE, dans le cadre du programme YOGA DE L'ART. Pour participer à ce stage, il n'y a pas de pré-requis, aussi, les débutants sont bienvenus. Chacun choisira une oeuvre dans le répertoire Traditionnel Indien. L'image sera décalquée puis copiée à l'identique, à l'aquarelle ou à la gouache fine, sur un beau papier velin d'Arches. Renseignements au 03 25 70 69 35 ou suivre le lien vers le site Internet de l'Atelier : http://www.laurier-rouge.com/


Et puis vous avez encore quelques jours (jusqu'au 6 Juin) pour découvrir l’exposition qui a lieu actuellement à la Bibliothèque Nationale de France, à Paris :