jeudi 8 octobre 2009

Le pavillon tibétain à Auroville


























C'était en Janvier dernier, hasard des calendriers ou simple coïncidence, au moment où les caméras du monde et les appareils numériques de milliers d’Américains ou autres se tournaient dans le froid vers la Maison Blanche, une autre cérémonie se mettait en place en terre indienne, près de Pondichéry, à Auroville.

Ce même jour, le 20 janvier 2009, le Dalaï Lama inaugurait le Pavillon de la Culture Tibétaine, bâti expressément afin de faire rayonner cette culture millénaire, dans la ville de l'aurore, conçue comme une galaxie.

Démarré en 1993, le projet semblait relever de l’utopie. Le rêve est pourtant devenu une réalité désormais ancrée dans la pierre, dans l’élégance d’un bâtiment aux couleurs blanche et brique, à la fois moderne et fidèle à l’originalité de l’architecture traditionnelle tibétaine, mais aussi à l’esprit des fondateurs du lieu.

Car tout en bénéficiant du patronage de l’Unesco depuis son inauguration en 1968, Auroville poursuit vaille que vaille son petit bonhomme de chemin et s’efforce de traduire dans une réalité matérielle plus tangible les rêves de ses fondateurs, La Mère et Sri Aurobindo.

Sa « zone internationale » accolée au Bharat Niwas (la Maison de l’Inde) est encore en friche. Le pavillon tibétain est le tout premier à sortir de terre. D’autres devraient suivre un jour, si les bonnes volontés et les fonds le permettent, en vue de constituer un espace de discussions et d’échanges d’idées entre toutes les nationalités et les cultures, lieu souhaité par Sri Aurobindo et son héritière spirituelle, La Mère.

Matérialisation d’une aspiration fondamentale à la paix et à la tolérance entre les êtres, le pavillon tibétain, porte à sa manière un témoignage de l’existence irrécusable de la civilisation tibétaine, comme de la menace aiguë pesant sur sa survie et de la détermination de durer du peuple qui l’a créée au fil des siècles.

L’architecture du Pavillon Tibétain a été conçue sur les plans du Mandala du Kalachakra (la Roue du Temps) et ses différentes pièces sont disposées symétriquement autour d’une cour centrale. Lieu de rencontres, d’apprentissage et de partage, le bâtiment offre autour du patio intérieur des salles de séjour, d’exposition, de réflexion, de lecture et d’enseignement.

La cérémonie d'inauguration s’est déroulée dans une ambiance aussi détendue que recueillie. Un jeune choeur féminin formé par les élèves de l’école d’Auroville a même chanté quelques chansons en tibétain, en guise d’offrande de bienvenue au Dalaï-lama, qui a joyeusement souri en les entendant entonner avec entrain en tibétain So so lha gyalo ! (victoire aux dieux !).

Et c’est devant une foule attentive de quelque deux mille personnes – presque toute la population d’Auroville – que le maître tibétain a parlé dans l’après-midi de la responsabilité universelle face au monde dans lequel nous vivons. En un sens, dit-il, nous sommes tous embarqués sur le même bateau et chacun, chacune, devrait assumer ses responsabilités envers soi-même et envers tous les autres…

Vaste programme, certes, mais à l’heure où l’aspiration au changement prend des allures de vent qui souffle en divers coins de la planète, le symbolisme d’un pavillon tibétain rayonnant de sa lumière singulière au coeur d’un monde en devenir prend soudain un relief particulier. Symbole également pour un pays privé de sa propre terre !

Et ce symbole paraît d’autant plus puissant qu’il se situe à proximité immédiate du Matrimandir, l’impressionnant dôme doré marquant le point focal d’Auroville – lieu de méditation, dans un décor silencieux et frais de marbre blanc, où le visiteur est invité à parcourir un chemin initiatique, en faisant le vide en soi pour se fixer sur la boule de cristal et de lumière renvoyant en son centre par un jeu de miroirs le ruissellement du soleil.

Justement, à l’occasion de cette inauguration, le Dalai Lama a rappelé avec une inlassable sérénité « l’importance de la paix intérieure comme fondement de la paix extérieure, celle d’une communauté humaine où le dialogue peut s’instaurer en abandonnant la haine et le mépris, dans le respect véritable de l’autre. Plus que jamais, nous avons besoin aujourd’hui d’un véritable effort visant à promouvoir un esprit authentiquement humain de respect de chacun, sans distinction de race, de culture, d’origine ou de religion, c’est ce qui importe…»

Et de préciser encore le lendemain sur la scène du grand auditorium de l’Université de Madras rempli à ras bord par une foule joyeuse d’étudiants qui l’ont accueilli par une puissante ovation : « Notre siècle, le XXe, avec ses horreurs et ses injustices est révolu. A vous, la jeunesse, de tenir les promesses du XXIe siècle, vous êtes la fondation d’un nouveau monde, pas seulement par des prières, mais d’abord par l’éducation, préparez-vous à cette tâche et vous réussirez… »

Voici la charte d’Auroville, telle que définie par Mère :

1. Auroville n'appartient à personne en particulier. Auroville appartient à toute l'humanité dans son ensemble. Mais pour séjourner à Auroville, il faut être le serviteur volontaire de la Conscience Divine.

2. Auroville sera le lieu de l'éducation perpétuelle, du progrès constant, et d’une jeunesse qui ne vieillit pas.

3. Profitant de toutes les découvertes extérieures et intérieures, elle veut hardiment s'élancer vers les réalisations futures.

4. Auroville sera un lieu de recherches matérielles et spirituelles, pour une incarnation vivante d'une unité humaine concrète.

Un très beau document relate cette inauguration « Dreaming for Humanity », de Basile Vignes. Voir un aperçu du DVD sur You Tube :

En illustration : une photo de la cérémonie d'inauguration (Janvier 2009) ; une vue du bâtiment de la Culture Tibétaine ; le Matrimandir ; la salle de méditation à l'intérieur du Matrimandir ; le tout à Auroville, province de Pondichery, Inde du Sud.