jeudi 15 octobre 2009

L'âme et le corps






L’âme et le corps forment une unité.


Le corps est matière, il est une partie de la grande matière qui forme la terre et toutes les autres planètes. L’âme est une parcelle de l’esprit qui, uni à la matière, forme l’univers.

L’univers est l’unité la plus complète que l’esprit humain puisse concevoir. Il est la fusion complète de la matière et de l’esprit. Il est l’unité la plus grande et la plus durable qui existe. L’homme, dès son premier souffle, est un petit univers d’une très courte durée.

Du premier moment de la vie jusqu’au dernier, cette petite unité, ou univers, ne fait que chercher l’union avec l’univers premier, complet. Le corps, continuellement et sans une seconde de repos, cherche le point d’attache, la fusion avec la terre ; l’âme cherche la fusion avec le grand esprit.

Pour se rattacher à l’unité, l’homme forme toujours et continuellement des petits univers avec l’extérieur. Chaque homme étant une union différente d’une quantité de corps et d’esprit, les manières de chercher l’unité sont différentes. Si, et l’âme et le corps sont bien équilibrés, il trouvera facilement des unités. Si le corps – l’unité matérielle – est plus fort le malheur vaincra, si l’esprit est plus fort les unités seront plus durables et plus heureuses. Non seulement chaque homme cherche sans cesse des unités mais il veut prolonger à l’infini toutes les unités qui le satisfont, qui le tranquillisent.

Sans cesse et à chaque instant que cette unité – c'est-à-dire le corps et l’âme – que nous appelons « homme » est seule, elle est malheureuse, elle est inquiète et, de toute ses fibres et de toutes ses facultés, elle cherche de nouvelles et d’anciennes unités.

L’homme matériel sera heureux seulement lorsqu’il aura obtenu une unité matérielle la plus complète possible. Une fois qu’il aura trouvé l’unité qui le contente le plus, il y pensera toujours et il la renouvellera le plus souvent possible. L’homme qui a une grande âme cherche d’instinct des unités spirituelles, les plus nombreuses, et les plus complètes possible, et il essaye de les immortaliser : le philosophe dans ses écrits, le poète dans ses poèmes, l’artiste peintre dans ses œuvres.

Plus l’union de l’esprit et de la matière sera complète, plus elle sera parfaite et proche de l’univers général.

Ces unités où la matière et l’esprit se pénètrent le plus sont les grandes œuvres de tous les arts qui, étant le plus près de la grande unité – désir de chaque personne consciente ou inconsciente à toutes les époques et en toutes régions – ont en tout temps une valeur. Et toujours, au contact de celles-ci, chaque esprit se sentira plus proche de son désir continuel et de sa pensée qui sont le retour de son petit univers dans le grand.

L’artiste est donc l’homme qui, par l’heureuse complexité de son être – corps et esprit – arrive à réaliser un petit univers semblable au grand univers.

Il réalise un univers qui porte en lui l’unité complète et en cela la vérité et la beauté absolues.

Un extrait de « Ecrits » par Alberto Giacometti, vers 1923, ouvrage publié aux Editions Hermann en 1992.