lundi 6 juillet 2009

Le mental, la créativité, l'illumination


Atteindre l’illumination signifie s’élever au-delà de la pensée, ne pas retomber à un niveau en dessous de la pensée, celui du règne animal ou végétal. Quand vous avez atteint ce niveau d’éveil, vous continuez à vous servir de votre pensée au besoin.

La seule différence, c’est que vous le faites de façon beaucoup plus efficace et pénétrante qu’avant. Vous vous servez de votre mental principalement pour des questions d’ordre pratique. Vous n’êtes plus sous l’emprise du dialogue intérieur involontaire, et une paix profonde s’est installée.

Lorsque vous employez le mental, en particulier quand vous devez trouver une solution créative à quelque chose, vous oscillez toutes les quelques minutes entre la pensée et le calme, entre le vide mental et le mental. Le vide mental, c’est la conscience sans la pensée.

C’est uniquement de cette façon qu’il est possible de penser de manière créative parce que c’est seulement ainsi que la pensée acquiert vraiment un pouvoir.

Lorsqu’elle n’est plus reliée au très grand royaume de la conscience, la pensée seule devient stérile, insensée, destructrice.

Essentiellement, le mental est une machine à survie. Attaque et défense face à ses « congénères », collecte, entreposage et analyse de l’information, voilà ce à quoi le mental excelle, mais il n’est pas du tout créatif.

Tous les véritables artistes, qu’ils le sachent ou pas, créent à partir d’un état de vide mental, d’une immobilité intérieure.

Puis c’est le mental qui donne forme à l’impulsion ou à l’intuition créative. Même les plus grands savants ont rapporté que leurs percées créatives s’étaient produites dans des moments de quiétude mentale.

Une enquête effectuée à l’échelle nationale auprès des plus éminents mathématiciens américains, Einstein y compris, a donné des résultats surprenants. Interrogés au sujet de leurs méthodes de travail, ils ont répondu que la pensée ne « jouait qu’un rôle secondaire à l’étape brève et déterminante de l’acte créatif lui-même »*. Je dirais donc que la simple raison pour laquelle la majorité des scientifiques ne sont pas des gens créatifs, c’est qu’ils ne savent pas s’arrêter de penser et non pas qu’ils ne savent pas comment penser !

Ce n’est pas la pensée, le mental, qui est à l’origine du miracle de la vie sur terre et de votre corps.

Et ce n’est pas cela non plus qui le sustente. De toute évidence, il y a là à l’œuvre une intelligence qui est bien plus grande que le mental. Comment une cellule humaine mesurant 1/2500 de centimètres de diamètre peut-elle contenir dans son ADN des informations qui rempliraient un millier de livres de six cent pages chacun ? Plus nous en apprenons au sujet du fonctionnement du corps, plus nous réalisons le caractère grandiose de l’intelligence qui est à l’œuvre en lui et la petitesse de notre savoir.

Lorsque le mental se remet en contact avec cette réalité, il devient le plus merveilleux des outils et sert alors une cause bien plus grande que lui.

Eckart Tolle : le Pouvoir du Moment Présent aux Editions Ariane.
* Référence citée : A. Koestler, The Ghost in the Machine (Arkana, Londres, 1989)

Vers le site de l’auteur (en anglais) : http://www.eckharttolle.com/eckharttolle
Vers le site en français : http://www.eckharttolle.fr/

Illustration : Yves Klein devant sa planète bleue