jeudi 11 juin 2009

Barnett Newman anti formaliste












Barnett Newman est un des peintres américains les plus importants du XXe siècle. Il représente avec Mark Rothko et Clifford Still la faction de l'école de New York qui a pris une orientation opposée à l'Action Painting (Jackson Pollock).

Sa peinture est peu connue comparativement à celles des autres membres de l'école de New York. Pourtant, les formes strictes et les vastes surfaces verticales de couleur de Newman ont eu une vive influence sur d’autres peintres de son époque.

Dès 1955, le critique d'art américain Clement Greenberg emploie l'expression « Field Painting » dans son essai intitulé « American Type Painting » pour différencier la peinture de Newman de l'Action Painting de Jackson Pollock ou de Willem De Kooning.

Dans la suite d'écrits théoriques qu'il commence en 1945 et qui s'achève sur « The Sublime Is Now » (Le sublime est maintenant) en 1948, Barnett Newman prête à la peinture de son époque l'ambition d'atteindre un absolu spirituel.

L'oeuvre «The Gate » témoigne par son titre des aspirations métaphysiques de l'artiste. Bien que non-pratiquant, il s'intéresse à la mystique juive, et il fait ici allusion au récit biblique de la Genèse. La partie claire du tableau apparaît comme « La Porte» ouvrant sur l'infini céleste. Ce passage est un accès au Temple, c’est-à-dire à l'espace sanctifié qui confronte le spectateur aux significations fondamentales de l'existence. La couleur brune rappelle la terre de nos origines, le noir évoque la finitude, et le turquoise, par sa luminosité exceptionnelle, la lumière de la création.
Par ses textes comme par ses tableaux, l’artiste explore l’interstice :
entre culture et culte,
entre le tangible et l’intangible,
entre la concrétude de l’oeuvre et le tremblé de la transcendance,
entre la finitude de l’homme et l’infini de l’art...

« Le peintre actuel n'est pas intéressé par ses propres sentiments ni par le mystère de sa propre personnalité, il cherche à pénétrer le mystère du monde. Son imagination essaie de percer les secrets métaphysiques. L’artiste essaie de forcer la vérité à surgir du vide. »

Anarchiste, métaphysicien, agnostique, philosophe, Newman revendique pour la peinture les ambitions les plus hautes : l’oeuvre doit s’affirmer « face à la terreur de l’inconnaissable », elle défie « le chaos noir et dur qu’est la mort ».

Newman voulait arracher la peinture au formalisme. Son oeuvre – il y insiste – est née de la révélation du désastre après la guerre : Auschwitz, Hiroshima. « Les gens peignait un monde beau et, à cette époque, nous avons compris que le monde n’était pas beau ». Contre la barbarie, il a cherché à produire des images de haute densité, des totems, des « concrétions d’émotion ». Mais l’ambition était aussi au coeur du travail quotidien de Newman : « …quand vous êtes dans votre atelier, vous êtes en train de faire la plus belle oeuvre qui ait jamais été peinte. Pas la plus belle oeuvre que vous puissiez faire : la plus belle qui ait été peinte ».

L'oeuvre The Gate faisait partie de la très belle exposition de l'été 2008 à Beaubourg TRACES DU SACRE, voir le lien : http://traces-du-sacre.centrepompidou.fr/