lundi 9 mars 2009

Poésie et méditation

Pourquoi la poésie ?

Parce que vivre n’est pas une science exacte...


C’est sur ces mots que débute l’invitation de Fabrice Midal à une de ses prochaines rencontres, lors d’un séminaire sur la poésie et la méditation.

Bouddhiste, docteur en philosophie, artiste, enseignant la photographie à l’Université Paris VIII, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la spiritualité : Quel bouddhisme pour l’Occident ? (Seuil, 2006), Trungpa, une biographie (Seuil, 2002) ou encore L’esprit de la chevalerie (Presses de la Renaissance, 2005).

Depuis près de vingt ans, il pratique la voie du Bouddha telle qu’elle fut transmise par Chögyam Trungpa Rinpoché. Il enseigne selon cette perspective depuis plus de dix ans et vient de fonder l’association Prajna & Philia, pour servir de lieu de rencontre du Dharma et de l’Occident.

Voici quelques unes de ses paroles sur l’acte poétique :

Comme l’écrit Marina Tsvetaeva, la poésie est « le premier millimètre d’air au-dessus de la terre ».

Loin d’être un artifice culturel réservé à quelques privilégiés, la poésie est la parole qui nous tend la main, nous parle au plus profond de notre être et nous permet ainsi de respirer.

Personne n’est hors de son cercle. Sa main est tendue à tous.

Et pourtant souvent à son nom l’on me répond : « je n’y comprends rien, la poésie n’est pas pour moi ». Mais la poésie est la ressource même de l’amour. Qui peut exclure l’amour de son existence ? Le premier millimètre d’air au-dessus de la terre ?

La poésie est la parole en liberté, la parole qui libère - en nous faisant toucher à cette complétude, ce sens d’unité et d’harmonie sans laquelle nos jours sont tristes et sans visage.

Elle est partout, dans un visage, la pluie, le souffle du vent - comme, selon ce que nous a appris Baudelaire, dans une charogne.

Par un ensemble de raisons bien malencontreuses, nous avons trop souvent perdu l’accès à la poésie comme au silence, à la beauté et à l’intensité de l’amour qui s’offre - et nous en souffrons.

L’écoute réelle de la poésie dans son souffle et son rapport intense à la vérité, est rendue difficile sans une véritable pratique d’attention et de présence - pratiques qui ont désertées l’Occident. Nous pouvons apprendre à en retrouver la saveur et la discipline en suivant la tradition contemplative issue des enseignements du Bouddha.

La vérité de la méditation permet de manière insigne de rencontrer la poésie au plus vif de son rayonnement. Nous pouvons laisser tomber la peur et la lâcheté pour entrer dans le risque de la poésie qui n’est autre que celui de l’amour.

C’est peu à peu, au cours de ces dernières années, cherchant à établir plus avant un bouddhisme pour l’Occident que m’est apparu que la poésie s’imposait comme seule terre hospitalière.

Montrer la vérité de la présence telle que le Bouddha l’entend, s’appuyer sur une langue encore vivante - et ne pas faire du bouddhisme un discours de plus - voilà le ressort de la poésie.

Ma tâche d'enseignant ne peut pas être de simplement transmettre des informations ou même une pratique, mais d’ouvrir un monde à même de nous élever à la joie - ce que dans le bouddhisme on nomme un « mandala ». Nous poser au cœur de la main du Bouddha.

Et je n’aurais réussi à être fidèle à l’inspiration de la tradition qu’à ce prix : que rayonne un espace poétique qui permette à chacun de retrouver son être le plus propre.


Fabrice Midal propose des séminaires et des rencontres au sein de l’association Prajña & Philia.

Prajna et Philia est une association Loi 1901 qui se consacre à la transmission de la pratique de la méditation dans un environnement non religieux, en dialogue sérieux et fécond avec la philosophie et la poésie au sens le plus haut.

Prajna signifie l’intelligence pure qui naît spontanément de la pratique de la méditation, nous permettant de mieux voir les choses comme elles sont, au-delà des illusions et des projections.

Philia est un mot grec qui signifie l’amitié, la dimension où les choses entrent en rapport les unes avec les autres dans une unité fertile.

Prajna et Philia, c’est lier ensemble l’intuition parfaite et la tendresse juste, pour ouvrir un espace de transmission authentique qui aide chacun à habiter au cœur de sa propre existence.

Son site : http://www.fabrice-midal.org/

Illustration : Bouddha Khmer, pierre noire sur papier Ingres, dessin de Catherine Mazarguil – voir son site