samedi 24 janvier 2009

Mandala

A l'origine, le terme mandala est un mot sanscrit qui signifie cercle.

Dans les textes les plus anciens, il possède plusieurs sens : celui de disque du soleil ou de la lune, ou encore disposition circulaire des troupes. Mais "manda" possède également le sens d'écume, crème ou alcool, essence et "la" celui d'achèvement.

Traditionnellement, le mandala désigne à la fois un schéma circulaire agrémenté de couleurs symboliques, reproduisant l'univers conçu par une certaine cosmogonie (récit mythique de la formation de l'univers), et un support rituel.

Il englobe les formes simples, comme le yantra hindou ou la rosace des cathédrales, pures configurations géométriques, et des représentations plus complexes comme le mandala tibétain composé de diverses figures iconographiques ou les peintures de sable que les indiens Navajos utilisent dans leurs rites de guérison.

A l'intérieur du mandala, la combinaison des métaphores visuelles - cercles, carrés, triangles, tracés labyrinthiques - et des couleurs symbolisent l'absolu et l'organisation des éléments au sein de la totalité. Dans toutes les traditions, les mandalas sont orientés selon les points cardinaux, et à chaque étape correspond un état de conscience particulier exprimé sous forme de sons (parole, prière ou mantra).

Par extension, on désigne sous ce nom « mandala » toute image organisée autour d'un point central (ce qui ne veut pas dire que celui-ci soit forcement au milieu). Le dessin peut en être très complexe, ordonné selon des règles extrêmement strictes de composition et exprimant une expérience intérieure intense, figuratif ou abstrait, ou il peut être fluctuant ou même très simple : un point au milieu d'un cercle.

Ce qui semble primordial est que ces dessins centrés symbolisent notre position individuelle dans l'environnement, que celui-ci soit physique, mental, émotionnel ou psychique. Le point central peut représenter le Soi, le cercle l'environnement et/ou la conscience, le carré le champ de la réalisation ou la matière. Les hommes ont donc créé des mandalas de toutes sortes, à différentes époques et en tous points de la planète.

Dans chaque civilisation nous pouvons retrouver des traces de cette pratique, que ce soit sous la forme de simple décoration des objets usuels et servant aux rituels, jusqu'aux plans des temples et des villes, en passant par les figures de danse, les lieux de décisions (la fameuse table ronde), les réalisations techniques (l'horloge, la roue, le moulin,...).

Les labyrinthes, rosaces, mosaïques et pavements des cathédrales sont les vibrants témoignages de leur présence en Occident. Les dessins et entrelacs celtiques s'inscrivent également pour la plupart dans un mandala. Et plus actuelles, les peintures de sable des indiens Navajos ou des Tibétains, montrent que cette pratique millénaire a traversé les âges et continue de résonner dans les profondeurs de l'être humain. La preuve en est l'énorme retentissement lors des deux expositions sur ces thèmes à l'Etablissement Public de la Grande Halle de la Villette à Paris, en 1995 et 1996. Chaque année, en Bourgogne près d'Autun, un grand mandala de sable est réalisé publiquement par les lamas du Temple des Mille Bouddhas.

Plus récemment, Jung, durant sa vie et son exercice de la psychanalyse, a souvent utilisé cette forme afin d'amener ses patients à voir plus clair dans leur inconscient. Selon lui, le mandala représente le centre psychique de la personnalité, un archétype inhérent à l'inconscient collectif. A travers le mandala, considéré comme une représentation du psychisme dans sa totalité, les éléments épars se regroupent autour d'un nouveau centre, le Soi. Et, à l’instar des pratiques venues d’Orient, par la réalisation de ce centre, l'être devient une unité autonome, une totalité.

Cette organisation autour d'un centre est également une constante dans les systèmes humains, ceci constitue même la structure récurrente de l'organisation sociale :

Entreprise / Conseil d'Administration / PDG
Nation / Conseil des Ministres / Président ou Roi
Syndicat / Bureau Syndical / Secrétaire Général
Ecole / Enseignants / Directeur...

Si le centre de l'organisation vient à manquer à sa tache, qui est d'organiser dans l'harmonie toute la structure et de drainer les énergies et non de confisquer le pouvoir, le système devient chaotique, explose ou se désagrège.

C'est aussi un plan de base dans les réalisations humaines, notamment en architecture :

Temple / Autel / Saint des Saints
Eglise / Chœur / Croix
Château / Donjon / Chambre Nuptiale
Maison / Zone de repas / Rassemblement lors du repas de famille

Et en urbanisme :

Village / Place / Fontaine
Ville / Remparts ou boulevard circulaire / Hôtel de ville ou église
Jardin / Bassin central ou Massif de fleurs / Jet d'eau ou Statue

Dans la nature, si l'on observe bien, cette organisation y est également présente. Dans le monde végétal, les pétales des fleurs croissent dans trois dimensions à partir d'un point germe : roses, tournesols, marguerites, passiflore, dahlias, chrysanthèmes, etc. Les branches des arbres rayonnent autour du tronc, qui lui même est constitué au fil des ans par une série de cercles concentriques d'écorces successives. Les cristaux de neige sont des petites représentations en étoiles et en trois dimensions. Les légumes ou les fruits, dont la coupe transversale présente de magnifiques mandalas, nous présentent eux aussi une organisation autour du centre, le noyau, puis la chair, et l'enveloppe de peau (par exemple le kiwi coupé en deux offre un superbe mandala).

Dans le monde animal, ce sont les araignées, les oiseaux, les papillons, les coccinelles, les oursins qui nous offrent les plus beaux mandalas, soit par leur structure ou par leurs fabrications, toiles ou nids.

Et si l'on regarde l'être humain, vu de dessus, debout sur ses pieds, on s'aperçoit d'une structure centrale, un point (la colonne vertébrale), inscrite dans un cercle (le rond du crâne), lui-même inscrit dans un carré, la forme des deux pieds côte à côte. Notre corps humain est entièrement constitué de petits mandalas que sont nos cellules, dont le cytoplasme entoure le noyau, qui est lui-même entouré par la membrane. L'oeil aussi peut être considéré comme un mandala. L'oeil interne (la rétine) en reprend l'ordonnance. Vers le centre, où la couche des cellules visuelles (cônes et bâtonnets) se densifie, les images deviennent de plus en plus nettes. Au centre de l'oeil, se trouve un point, la tache aveugle : de là les informations sont transmises au cerveau par l'intermédiaire du nerf optique. Ainsi, on peut dire que la périphérie rassemble le regard et le conduit vers le centre.

L'organisation du cosmos et des galaxies tournant autour de leur axe - le système solaire, les étoiles et leurs satellites, l'image mentale de l'expansion de l'univers à partir du point big-bang central, tout ceci contribue à nous inscrire, depuis l'infiniment petit jusqu'à l'infiniment grand, dans une vaste structure rappelant celle du mandala.

Actuellement, de nombreuses applications voient le jour quant à la pratique du mandala. On parle beaucoup, depuis quelques temps en neurobiologie, des deux hémisphères du cerveau que l'on nomme de façon simplifiée le cerveau gauche et le cerveau droit. Le gauche, qui dirigerait la partie droite du corps, serait plus spécialisé dans les domaines verbal, abstrait, logique, technique, minutieux, contrôlé. L'hémisphère droit s'occuperait plutôt de l'imagé, du concret, de l'associatif, de l'intuitif, de l'artiste, de l'imaginatif, de l'émotif, du spontané. Le mandala, par sa spécificité artistique, fait appel d'une manière privilégiée au cerveau droit, mais dans la mesure ou il faut respecter également certaines règles, un ordre, autour du point central, cet aspect technique fait aussi référence au cerveau gauche. Ainsi cette pratique permet de rééquilibrer les deux hémisphères. Cette harmonisation stabilise, rééquilibre, et améliore les capacités de notre cerveau, donc de notre comportement, de nos résistances, de notre vigilance.

Des enseignants l'utilisent afin de calmer les enfants et de capter leur attention avant un apprentissage en classe ; des éducateurs pratiquent ce type de dessin avec des jeunes ou des adolescents handicapés, certains vont se calmer, d'autres se réveiller, tous vont être aidés à se rééquilibrer ; en créativité, le dessin dans un cercle permet aux débutants de ne pas se "perdre", surtout à l'approche de l'abstrait ; des personnes en difficulté (maladie physique, dépression, angoisses, deuil, chômage, etc.) traversent cette période de souffrance avec plus de facilité, d'ouverture et de conscience grâce à une pratique régulière. En thérapie ou relation d’aide, son utilisation ponctuelle ou régulière peut permettre de faire émerger des solutions d'une façon plus synthétique.

La loi du centre est immobilité alors que celle du monde est mouvement - encore plus de nos jours que par le passé. Et notre vie ressemble à une perpétuelle danse autour de ce centre, telle la danse des électrons autour du noyau stable de l'atome. Le tout est de ne pas en perdre la référence !

La pratique du mandala peut constituer pour tous une voie privilégiée du retour à ce centre, au Soi, à l'Un, au point qui est à l'origine de toute choses. Et ce dessin a la capacité de nous mener, en un instant, vers une plus grande ouverture, une connaissance ou une révélation d'un aspect de nous jusqu'alors inconnu.

Texte de Catherine Mazarguil, qui anime régulièrement des stages sur ce thème, voir son site : www.laurier-rouge.com

Illustration : peinture de Akira Kanayama, GUTAI GROUP