lundi 20 octobre 2008

Yallah ! En avant !

A quelques jours de ses 100 ans, Sœur Emmanuelle est partie, la nuit dernière, dans un souffle, comme une petite plume, rejoindre l’Eternité.

Avant de partir, elle avait dit que dès qu’elle rencontrera le seigneur, elle lui parlera des pauvres, des malheureux, de tous ceux qui souffrent, « la souffrance, je ne lui trouve pas de qualités » disait-elle récemment dans son dernier ouvrage qui vient de paraître.

Voici quelques lignes de ce livre, où elle parle d’elle-même :

A la question :

Quand même, ce n’est pas toujours facile d’aimer ?

Elle répond :

Bien sûr, je ne suis pas innocente ; j’en ai assez vu. Moi d’ailleurs, j’ai mauvais caractère, je suis vindicative, coléreuse, je peux être méchante parfois. Soit dit entre parenthèses, quand j’avoue cela, je crains toujours qu’on m’admire en pensant : « Regardez, quelle humilité elle a, Sœur Emmanuelle. » Comme si j’avais cherché des compliments. C’est pourtant vrai, il faut me croire. Tous ces défauts, je les ai. Demandez donc à ceux qui ont travaillé avec moi. Certains n’ont pas pu me supporter. On dit que je suis dure, capricieuse, orgueilleuse. Je suis trop orgueilleuse mais je me bats pour la dignité et la fierté. La fierté, c’est la recherche de sa dignité personnelle. Ce n’est pas un défaut. Je ne suis pas une sainte. Bien sûr, j’ai lutté contre bien des traits de mon caractère. Ce sont des obstacles qu’il faut franchir. La vie est une course d’obstacles avec pour but d’aller vers l’autre, de lui sourire, de partager sa vie et ses sentiments. Mais vraiment. Par un sourire de réconfort, un sourire de partage. Et avoir mal avec l‘autre. Madame de Sévigné écrivait à sa fille « J’ai mal à votre poitrine ». C’est extraordinaire, cette phrase : j’ai mal là où tu as mal. Quand on s’aime, il existe une source de joie même à travers la souffrance. J’en ai connu des souffrances, j’en ai rencontré des gens qui souffraient, mais quand ils sont ensemble et qu’ils s’aiment, une source de joie jaillit dans leur monde de souffrance. Je le sais parce que je l’ai vue, et vous l’avez vue aussi, vous pouvez tous la voir si vous savez regarder les autres, partager avec eux. Ne me dites pas que c’est impossible.

Sœur Emmanuelle avec Jacques Duquesne et Annabelle Cayrol « J’ai 100 ans et je voudrais vous dire… » aux Editions Plon, 17 € ; 160 pages.

Son association ASMAE, 26 Bd de Strasbourg, 75012 Paris, TEL : 01 44 52 11 90

Site : http://www.asmae.fr/